For those that wants to practice their french.

Opération Nez Rouge
Il y a parfois dans la vie des événements tellement importants qu'il faut les écrire pour que jamais le temps n'efface leurs souvenirs. Je viens de vivre un tel événement et bien que ma plume ne soit ni la plus belle et ni la plus douée, je vais écrire dans ce journal la tragédie que je viens de vivre.

Par oĂą commencer ? Par le commencement, je crois, mais oĂą est le commencement ; Ă* ma naissance, Ă* mon arrivĂ©e Ă* Chicoutimi, Ă* la naissance de Jean-François ou hier soir ? Arghh !! Je dĂ©teste Ă©crire cela, mais j'ai promis que je le ferai. Alors, je vais dĂ©buter avec une brève mise en situation.

Mes parents, Johanne Cantin et Pascal Tessier se sont connus Ă* l'UQAM* et ils se sont aimĂ©s comme des fous, puis ils m'ont eu, moi, Bernadette Tessier. Peu de temps après ma naissance, mon père a reçu une offre d'emploi qu'il ne pouvait refuser. C'est pour cela qu'on a tous dĂ©mĂ©nagĂ©s Ă* New York. Ce fut le dĂ©sastre. Ma mère n'aimait dĂ©jĂ* pas beaucoup MontrĂ©al, elle a dĂ©testĂ© New York. Elle avait Ă©tudiĂ© Ă* MontrĂ©al parce qu'elle avait suivi son « chum »* de l'Ă©poque, mais ma mère n'a jamais Ă©tĂ© une femme de grandes villes. C'est une femme de grands espaces et New York n'Ă©tait vraiment pas fait pour elle. De plus, sa carrière n'allait nulle part et mon père, travaillant fort, n'Ă©tait jamais Ă* la maison. Ce qui devait arriver, arriva ; mes parents se sont sĂ©parĂ©s. J'avais quatre ans et j'ai suivi ma mère dans son patelin natal de chicoutimi.

Chicoutimi, province QuĂ©bec, pays Canada. C'est une ville en rĂ©gion situĂ©e sur le bord de la rivière Saguenay et de la rivière Chicoutimi. C'est une ville fière et dynamique d'environs 65 000 habitants. C'est lĂ* que j'ai grandi avec ma mère. Après la sĂ©paration, mon père est revenu assez rapidement Ă* MontrĂ©al et j'allais le voir les Ă©tĂ©s, mais c'est Ă* Chicoutimi que j'ai fait les 400 cents coups avec mes amis Antoine Dubuc-Tremblay et Sophie Gauthier. C'est aussi avec eux que j'ai acceptĂ© ma condition de mutante. Pendant ce temps, ma mère s'est mariĂ©e Ă* Éric Ferguson et c'est ainsi qu'est apparu dans ma vie mon demi-frère Jean-François. Ma mère a poursuivi sa carrière et aujourd'hui, elle est en charge de l'administration de Fortec, l'une des plus importantes compagnies forestières de la rĂ©gion.

Pour ma part, après le secondaire, j'ai complĂ©tĂ© une annĂ©e au CĂ©gep de Chicoutimi pour obtenir les crĂ©dits nĂ©cessaires Ă* mon admission au collège militaire de Kingston. Par mes bonnes notes et mon comportement exemplaire, j'ai obtenu un poste d'Epsilon au DĂ©partement H Ă* Toronto. J'ai finalement rĂ©vĂ©lĂ© Ă* mes patrons que j'Ă©tais une mutante et c'est ainsi que je suis devenue Solstice d'Alpha Flight.

Il y a quelques jours, je suis revenue Ă* Chicoutimi pour les vacances des fĂŞtes. Hier soir, Sophie, Antoine et moi allions continuer la tradition des dernières annĂ©es en participant bĂ©nĂ©volement Ă* OpĂ©ration Nez-Rouge. Il existait une organisation Ă* Chicoutimi qui faisait la mĂŞme chose que Nez-Rouge, mais il ne reste plus aujourd'hui que dernier organisme.

Sophie, avec son tout nouveau « char »*, prit Antoine en passant, puis ils sont venus me chercher chez mes parents. Ma mère, en bonne maĂ®tresse de maison et surtout pour ne pas les faire geler dehors, fit entrer mes amis dans la maison. On avait une belle vieille maison de type canadienne situĂ©e près de l'universitĂ©. Ma mère les accueillit, leur dit qu'ils avaient changĂ© et qu'elle voulait en savoir plus sur leur vie. Mon beau-père les salua avec son traditionnel « how wiz wiz you ? »*, et tout le monde Ă©clata de rire. Je ne sais pas pourquoi, mais cette farce me fait toujours rire. Elle est tellement stupide, mais c'est surtout la mimique d'Éric avec ce faux accent qui est drĂ´le. Éric n'est pas très bon en anglais, mais pas Ă* ce point-lĂ* !

Et finalement, Jeff vint faire ses salutations. Jeff, c'est le diminutif de Jean-François. Par chance, il s'abstint de raconter l'une de ses constantes farces insipides. Comme son père pouvait ĂŞtre drĂ´le, comme lui Ă©tait ennuyeux et gĂŞnant. Depuis mon arrivĂ©e, il Ă©tait plutĂ´t morose et mĂŞme au party de NoĂ«l chez Grand-Maman, il n'a pas fait son habituel spectacle. Peut-ĂŞtre a-t-il rĂ©alisĂ© qu'il n'Ă©tait vraiment pas fait pour l'humour. Ou peut-ĂŞtre pas. D'après ce que j'ai pu comprendre, depuis un an, ce qui correspond Ă* l'apparition de ses pouvoirs mutants, Jeff avait beaucoup changĂ©, autant physiquement que mentalement. Il avait maintenant 15 ans et il Ă©tait un peu plus grand que moi. Il ressemblait un peu Ă* son père avec ses cheveux bruns courts et ses yeux noisettes.



Ma relation avec Jean-François a toujours Ă©tĂ© difficile. Plus jeune, il me suivait partout comme un petit chien et je devais tout le temps le garder. Quand tu es une adolescente, ce n'est pas ce que tu veux. Tu veux ĂŞtre le plus indĂ©pendant possible de ta famille et tu veux t'amuser avec tes amis. Bon, j'ai vieilli et j'apprĂ©cie beaucoup plus ma famille, n'empĂŞche que Jeff me tombe toujours sur les nerfs. J'ai par contre probablement compliquĂ© sa vie sans le vouloir et je pense qu'il m'en veut un peu. Par souci de transparence, la Directrice H a dĂ©voilĂ©, avec notre approbation, l'identitĂ© civile des membres d'Alpha Flight. Je n'avais pas pensĂ© Ă* Jean-François dans tout cela. Il se fait maintenant Ă©cĹ“urer parce que je suis mutante et parce que j'ai un plus gros pouvoir que lui. Jeff a le pouvoir de voir parfaitement dans le noir, mais quand il les utilise ses yeux brillent d'un rouge fluorescent. Ce n'est pas un pouvoir très utile surtout qu'il existe dĂ©jĂ* un machin qui permet Ă* tout le monde de voir dans le noir. D'une certaine façon, il devrait ĂŞtre heureux de ne pas avoir un pouvoir comme le mien ; il ne risque pas de tuer des gens comme moi

Tout Ă* coup, on entendit retentir le klaxon d'une voiture. C'Ă©tait les amis de Jeff venus le chercher. Ce dernier mit en vitesse ses bottes et son manteau d'hiver puis il nous salua rapidement avant de sortir de la maison pour rejoindre ses amis dans l'auto. Ma mère et Éric n'aimaient pas beaucoup la façon dont les amis de Jeff venaient le chercher, mais ils ne pouvaient pas faire grands choses Ă* ce sujet.

Sophie qui attendait toujours dans le vestibule avec Antoine, me rappela qu'il serait temps de partir si nous voulions ne pas arriver en ******. Ma mère rajouta, d'un ton moqueur, que Sophie avait raison et que j'Ă©tais mieux de partir car le festival Geneviève Bujold dĂ©buterait bientĂ´t Ă* la tĂ©lĂ©vision. Cette actrice quĂ©bĂ©coise avait rendu l'âme dernièrement et TVA en profitait pour prĂ©senter en rafale ses meilleurs films dont Le roi de cĹ“ur, Anne des mille jours, Faux-semblants, Les noces de papier, Tremblement de terre et plusieurs autres films dont j'oublie le nom.

Après avoir mit mes bottes, mon manteau, ma tuque et mes mitaines, j'Ă©tais enfin prĂŞte pour suivre mes amis dehors. Pour un soir d'hiver, il ne faisait pas trop froid. Il tombait tranquillement un peu de neige et Ă* la lueur des lampadaires et des dĂ©corations de NoĂ«l, ce paysage avait quelque chose de fĂ©erique. Malheureusement, l'hiver c'est surtout le froid, le pelletage de l'entrĂ©e et le dĂ©blayage de l'auto. Sophie enlevait justement la neige qui Ă©tait sur son auto.

Je l'ai fĂ©licitĂ© sur son nouvel achat. Sophie venait de terminer ses Ă©tudes Ă* l'UQAC* et elle s'Ă©tait immĂ©diatement trouvĂ© un emploi comme travailleuse sociale. La première chose qu'elle fit après avoir signĂ© son contrat, c'est de s'acheter une toute nouvelle voiture « full equip » comme on dit par ici. Il y avait mĂŞme un GPS avec cartes routières incluses dans son automobile.

Une fois arrivĂ©s au local de Nez-Rouge, il fallut attendre pour recevoir l'Ă©quipement, les explications et les coordonnĂ©es du premier client. Cela nous dĂ©rangea peu car nous avions beaucoup de choses Ă* se dire et l'attente parue moins longue ainsi. Antoine avait longtemps hĂ©sitĂ© avant d'entrer Ă* l'École Nationale de Théâtre Ă* MontrĂ©al, mais après quelques annĂ©es Ă* essayer les diffĂ©rents programmes de notre beau système scolaire, Antoine dĂ» se rendre Ă* l'Ă©vidence que seulement le mĂ©tier de comĂ©dien pourrait le rendre heureux. Il avait beaucoup changĂ© depuis qu'il restait Ă* MontrĂ©al. Il affichait maintenant une confiance et une joie de vivre qui lui manquaient affreusement Ă* l'adolescence. Il avait mĂŞme une « blonde »* et je vais faire sa connaissance demain puisqu'elle rejoint Antoine Ă* Chicoutimi pour le jour de l'An.

C'est le père d'Antoine qui m'a aidĂ© le plus Ă* contrĂ´ler et Ă* comprendre mes pouvoirs. Il est professeur de physique au CĂ©gep de Chicoutimi. Heureusement, mes pouvoirs sont apparus progressivement. J'ai vite rĂ©alisĂ© que j'Ă©tais une mutante dont les pouvoirs Ă©taient reliĂ©s Ă* la lumière et Ă* l'Ă©nergie thermique. Je me suis aussi très vite aperçu que plus j'en savais sur mes pouvoirs, plus j'avais de contrĂ´le sur eux. Monsieur Tremblay, le père d'Antoine, m'a permis d'apprendre comment mon pouvoir agissait et d'en connaĂ®tre ses limites. Malheureusement, je n'ai jamais beaucoup aimĂ© la physique. J'aime savoir grosso modo les thĂ©ories et les thĂ©orèmes physiques qui expliquent concrètement comment mon pouvoir fonctionne, mais je ne comprends pas complètement ces explications scientifiques et je suis pas encore certaine que je vais comprendre un jour.

Je pense que la physique a trop d'hypothèses et de thĂ©ories. Moi, ce que j'aime, c'est le concret. C'est pourquoi j'ai jurĂ©, quand j'ai su que j'Ă©tais une mutante, que j'utiliserais ce pouvoir pour le bien et pour dĂ©fendre les gens contre le mal. Ceci me semblait plus intĂ©ressant que de jouer avec les flux magnĂ©tiques ou Ă©lectriques. J'avais aussi seulement 12 ans quand j'ai fait cette promesse et maintenant, je sais qu'il n'est pas aussi facile de diffĂ©rencier le bien du mal, mais je reste fidèle Ă* l'essentiel de ma promesse ; protĂ©ger les gens.

Alpha Flight aurait Ă©tĂ© le meilleur mĂ©dium pour concrĂ©tiser ma promesse, mais Ă* l'Ă©poque, ce groupe n'existait plus. En fait, il y avait plus aucune Ă©quipe super humaine pour protĂ©ger le Canada. Il nous en fallait une Ă* tout prix, mais avec l'historique peu reluisant de l'armĂ©e et par ricochet d'Alpha Flight pour exploiter les mutants, j'Ă©tais mĂ©fiante. Je suis une arme potentiellement dangereuse et je me dois de rester en contrĂ´le de mon corps et de mon esprit. C'est pour ces raisons que j'avais dĂ©cidĂ© de parfaire mon Ă©ducation physique et mentale en Ă©tudiant au Collège Militaire Royale du Canada Ă* Kingston. Les Ă©tudes militaires et stratĂ©giques me semblaient le meilleur programme pour mes ambitions. Il Ă©tait aussi important que je devienne officier et ce, mĂŞme si je n'aime pas diriger les autres. Ainsi, j'aurais pu obtenir un poste important pour former moi-mĂŞme la prochaine Ă©quipe super humaine ou au moins influencer son dĂ©veloppement.

Je n'avais pas prĂ©vu qu'Alpha Flight se reformerait aussi tĂ´t. Le souci de transparence et l'attitude de la nouvelle directrice H avait adouci un peu mes craintes. En plus, durant mes Ă©tudes j'ai vu d'un peu plus près la nouvelle administration du DĂ©partement H. Souvent la vie arrange bien les choses. Une de mes amis au Collège avait un très beau frère travaillant comme garde Epsilon. J'en suis tombĂ©e amoureuse et lui, de moi. J'allais souvent le voir Ă* Toronto et j'en ai profitĂ© pour me faire connaĂ®tre des nouveaux dirigeants du dĂ©partement H. Je leur ai montrĂ© mon intĂ©rĂŞt pour une future carrière comme garde Epsilon (c'est Alpha Flight que je voulais mais ça, je n'Ă©tais pas prĂŞte Ă* leur dire). Ma relation amoureuse avec William prit fin après un an et demi de frĂ©quentation. « C'Ă©tait pas le bon » comme dirait ma grand-mère.

Quelques temps après mon arrivĂ©e dans les gardes Epsilon, j'ai dĂ©voilĂ© mes pouvoirs mutants au monde entier et je suis enfin devenue membre d'Alpha Flight. Je laisse Ă* Ramsey et Ă* Sabra le leadership de l'Ă©quipe. J'ai assez confiance en eux. J'aime mes coĂ©quipiers autant d'Alpha que de BĂŞta de tout mon cĹ“ur, mais j'ai peur pour eux, peur pour moi, peur que quelqu'un nous trahisse et qu'on devienne des pantins dans les mains de personnes assoiffĂ©es de pouvoir. J'en fais souvent des cauchemars.

Bon, c'est assez les rĂŞveries ! Nous Ă©tions donc Antoine, Sophie et moi au local de Nez-Rouge. Nous avions enfin reçu notre Ă©quipement, soit trois gilets identifiĂ©s Nez-Rouge, trois radio miniature avec casque d'Ă©coute et un portable avec un GPS intĂ©grĂ©. On Ă©tait prĂŞt Ă* partir pour notre première mission. Comme Antoine aimait le dire, « Nous sommes les agents de Nez-Rouge Ă* la recherche de soĂ»lons Ă* raccompagner avec leur propre voiture ! »

Notre premier client voulait rentrer chez lui après un copieux souper au restaurant Chez Georges. Il avait appelĂ© Nez-Rouge et il avait laissĂ© son nom, sa localisation et une description de sa voiture. Notre portable avait pris ses coordonnĂ©es et nous nous sommes dirigĂ©s au 433, rue Racine Est. Antoine et moi avons rejoint le monsieur qui nous attendait Ă* l'intĂ©rieur du restaurant. Ce dernier donna les clĂ©s de sa voiture Ă* Antoine. Mon ami s'assit sur le siège du conducteur dans l'auto du client. Ce dernier prit place Ă* l'avant et je m'assis Ă* l'arrière tout en rentrant dans le portable l'adresse de retour. Grâce au GPS, le portable me traça l'itinĂ©raire le plus court. J'informais Antoine et Sophie du chemin Ă* prendre. Nous Ă©tions tous les trois en communication constante grâce aux radios miniatures et aux casques d'Ă©coute. Nous prĂ®mes la route et Sophie nous suivit dans son automobile.

On aurait jamais dit que le client, un homme bien portant d'environ 40 ans, avait pris un verre de trop. Il avait pris beaucoup de vin dans sa soirĂ©e et il avait demandĂ© les services de Nez-Rouge seulement comme mesure de prĂ©vention. Quelques minutes plus tard, nous arrivâmes Ă* sa demeure. Antoine gara sa voiture dans son stationnement et remit au client les clĂ©s de sa voiture. Après avoir saluĂ© notre client, Antoine et moi rejoignĂ®mes Sophie dans son auto. On contacta la centrale avec le portable pour connaĂ®tre les coordonnĂ©es de notre prochain client.

On passa une bonne partie de la soirĂ©e et de la nuit Ă* raccompagner les gens chez eux. Vers les 2 heures du matin, nous reconduisions un couple de joyeux lurons qui nous chantaient toutes les chansons de NoĂ«l ou d'hiver qu'ils connaissaient, de « Mon pays » de Gilles Vigneault* Ă* « Minuit ChrĂ©tien », quand la centrale nous avertit, par l'entremise de nos radios, qu'un accident avait Ă©tĂ© rapportĂ© sur la route 170 qui relie Chicoutimi Ă* Jonquière. Un phĂ©nomène bizarre avait suivi cette catastrophe mais ils ne pouvaient pas m'en dire plus. Nous Ă©tions justement sur cette route en direction de Chicoutimi.

MĂŞme dans la nuit nous pouvions voir qu'il y avait quelque chose d'Ă©trange droit devant nous. Je dĂ©cidai d'aller voir de plus près cet Ă©trange phĂ©nomène. J'avertis Sophie et Antoine de mes intentions et je leur demandai de rester ici Ă* m'attendre. Je restai mes vĂŞtements d'hiver et la radio dans l'auto puisque ceux-ci pourraient ĂŞtre brĂ»lĂ©s par mon pouvoir. Je sortis de la vieille « minoune »* appartenant Ă* nos clients et je pris mon envol. Des airs, je pus mieux examiner l'anomalie. Elle avait la forme d'un dĂ´me noir dont la base devait mesurer environ 50 mètres de diamètre. La police n'Ă©tait pas encore sur les lieux mais cela ne devrait pas tarder. Étrangement, il n'y avait pas de curieux aux alentours du dĂ´me et je voyais aucun signe d'accident sur la route.

S'il y avait vraiment eu un accident, je me devais de rentrer dans ce dĂ´me pour sauver les survivants. Je ne savais rien sur cette forme obscure et seulement un idiot s'en approcherait sans craindre une rĂ©action hostile. La prudence me dictait de faire certains tests pour en connaĂ®tre un peu plus sur la nature de ce dĂ´me. J'ai donc lancĂ© des pierres en direction de la masse obscure. Celles-ci disparaissaient derrière le mur noir obsidienne. J'ai Ă©galement tâtĂ© le terrain avec une branche d'arbre. Je n'ai pas senti de rĂ©sistance quand je l'enfonçai dans les tĂ©nèbres. J'ai finalement dĂ©cidĂ© de rentrer ma main dans le gouffre. ExceptĂ© pour mes yeux, mes autres sens ne percevaient aucune diffĂ©rence entre l'intĂ©rieur du dĂ´me et l'extĂ©rieur. J'ai fait la seule chose qui me restait Ă* faire, j'ai pĂ©nĂ©trĂ© dans la masse obscure.

J'Ă©tais dans le noir absolu. Je ne voyais que du noir et ma forme lumineuse ne m'aidait guère. Au lieu d'ĂŞtre dans l'obscuritĂ© la plus totale, je voyais Ă* peine un mètre en avant de moi. J'avançais en marchant puisque le contact avec le sol me donnait au moins une orientation et j'aurais perdu ce point de repère en volant. Maintenant, je voulais me diriger vers le centre du dĂ´me mais dans cette noirceur, la tâche n'Ă©tait pas Ă©vidente. J'avançai lentement et je lançais quelques jets de lumière en espĂ©rant voir un peu plus dans cette pĂ©nombre. Je n'aimais vraiment pas cette situation. J'Ă©tais seule et je me sentais une proie facile pour quiconque qui pouvait voir dans cette noirceur.

Non, vraiment je dĂ©testais ce dĂ´me. En plus de la noirceur, je commençais Ă* sentir le froid, mais cela Ă©tait impossible car je ne ressens pas le froid. Mon pouvoir m'a toujours protĂ©gĂ© des variations climatiques. Mon adrĂ©naline monta d'un cran pendant que j'essayais de trouver une explication logique. Pour une fois que ma tuque et mes mitaines auraient servi Ă* autre chose qu'Ă* taire les commères.

Toujours en avançant, j'aperçus Ă* ma gauche deux points rouge lumineux et mon cĹ“ur qui battait dĂ©jĂ* assez vite, atteint son paroxysme Ă* ce moment-lĂ*. « Faites que je me trompe. Ça peut pas ĂŞtre ce que je pense. » n'arrĂŞtais-je pas de me dire. Je me suis dirigĂ© le plus vite possible vers la lumière rouge en Ă©vitant le ravin et quelques dĂ©bris de voiture. J'Ă©tais maintenant sur la neige et ma main se tenait sur ce qui semblait ĂŞtre un vĂ©hicule. J'Ă©tais tout près de mon but. Puis, pour un moment, on aurait dit que mon cĹ“ur avait arrĂŞtĂ© de battre. MalgrĂ© tout l'entraĂ®nement que j'avais reçu, je n'Ă©tais pas prĂŞte pour cela. C'Ă©tait ce que j'avais craint. Mon frère Jean-François Ă©tait devant moi, blessĂ© et en Ă©tat de choc. Par automatisme et parce qu'il le fallait bien, j'ai vĂ©rifiĂ© son Ă©tat de santĂ©. Il avait du sang partout mais les blessures que je pouvais examiner dans cette noirceur et ce froid semblaient superficielles. C'Ă©tait surtout le froid qui me dĂ©rangeait. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais pas senti les variations climatiques que je ne savais plus si Jeff Ă©tait plus froid qu'il ne devait ĂŞtre ou si c'Ă©tait mes mains qui Ă©taient trop froides. Une chose m'inquiĂ©tait plus encore : mon frère Ă©tait coincĂ© dans la voiture et il n'arrĂŞtait de rĂ©pĂ©ter : « Mes jambes, mes jambes... »

J'ai voulu le sortir de cette torpeur en lui donnant quelques gifles au visage, mais je m'arrĂŞtai après la première. Il Ă©tait dur comme de la viande congelĂ©e. Et c'est Ă* ce moment que tout devint clair. J'aurais dĂ» le deviner avant ! Le froid et la noirceur sont des pouvoirs contraire aux miens et ceux-ci complète très bien la vision nocturne qu'il possède dĂ©jĂ*. C'est Jean-François qui Ă©tait la cause du dĂ´me et l'accident dĂ» provoquĂ© l'Ă©mergence de ces nouveaux pouvoirs.

Ma petite gifle avait quand mĂŞme produit l'effet dĂ©sirĂ© en sortant Jean-François de sa torpeur. Il me reconnut aussitĂ´t et il me prit dans ses bras en me parlant. Je n'Ă©coutais pas beaucoup ses paroles parce que mon attention Ă©tait ailleurs. Il me serrait fort dans ses bras et plutĂ´t que de sentir la chaleur humaine de cette Ă©treinte, je ressentais encore plus fort ce froid glacial. Le froid augmentait avec la longueur de l'Ă©treinte et Jeff ne voulait pas me laisser. J'ai commencĂ© Ă* me dĂ©battre mais il Ă©tait fort et il ne voulait toujours pas me lâcher. Je ressentais encore plus fort le froid qui me gelait le sang et je pensais que j'allais mourir d'hypothermie. J'ai paniquĂ© et j'ai revĂŞtu ma forme thermique pendant une microseconde pour combattre cette possible mort. Jean-François me relâcha aussitĂ´t en poussant un grand cri de douleur.

Jeff ne semblait pas ressentir les froids sibĂ©riens et ses yeux fluorescents ne devaient pas faire la diffĂ©rence entre la nuit et le noir total qui rĂ©gnait ici. En ce moment, il comprenait uniquement que je l'avais brĂ»lĂ© en lui refusant mon rĂ©confort. Il me dit alors que j'Ă©tais toujours lĂ* pour les autres mais jamais pour lui et que je ne l'avais probablement jamais aimĂ©. Je ne savais pas qu'il pensait cela. Je lui ai dit qu'on devait se parler et que cela aurait dĂ» ĂŞtre fait il y a bien longtemps, mais qu'on devrait attendre encore un peu puisqu'il y avait urgence. Il a rouspĂ©tĂ© un peu mais j'ai quand mĂŞme rĂ©ussi Ă* lui faire rĂ©aliser qu'actuellement, il existait un froid extrĂŞme accompagnĂ© d'une noirceur anormale et qu'il en Ă©tait la source. Il faut dire que je n'Ă©tais plus capable de supporter le froid et que je me rĂ©chauffais du mieux que je pouvais en alternant de ma forme thermique Ă* ma forme normale. Malheureusement, je ne peux utiliser ma forme thermique que pour quelques secondes et Jean-François sait Ă* quel point cette forme me draine de mon Ă©nergie. Il a vite compris, Ă* ma grande surprise, que je ne ferais pas un tel exercice simplement pour le niaiser et c'est ainsi qu'il me crĂ»t.

Maintenant, Jean-François devait se concentrer. Il devait chercher Ă* l'intĂ©rieur de lui comment son pouvoir agissait, pour ensuite sentir son effet sur son environnement et pour finalement le contrĂ´ler. Dans des conditions idĂ©ales, ce type d'exercice pouvait prendre plusieurs minutes, voir plusieurs heures. Nous ne pouvions prendre tout ce temps si nous voulions sauver la vie des possibles survivants de l'accident. Également, je ne savais pas si je pouvais rester longtemps auprès de Jean-François Ă* faire le yo-yo entre le froid et le chaud. L'accident avait laissĂ© Jeff coincĂ© dans la voiture avec quelques ecchymoses et coupures. Il avait aussi très mal Ă* la tĂŞte, sans parler des brĂ»lures que je lui avais infligĂ©es sans le vouloir. Mon frangin devait avoir Ă©galement consommĂ© une importante quantitĂ© d'alcool puisque son haleine en dĂ©gageait les odeurs caractĂ©ristiques. Il n'Ă©tait vraiment pas dans les conditions idĂ©ales pour se concentrer.

Je lui expliquai ce qu'il devait faire pour contrôler son pouvoir, en me basant sur mes expériences personnelles et les enseignements de monsieur Tremblay, mon bon professeur de physique et père d'Antoine. À mon grand étonnement, Jean-François me dit presque aussitôt qu'il se sentait bizarre, comme si on le vidait de son énergie vitale. Il avait franchi la première étape en un temps records. Mon frère progressait très vite. Nous devions d'abord nous débarrasser du froid inhabituel. Ce dernier me faisait extrêmement mal. J'aurais dû quitter ce dôme frigorifique il y a bien longtemps, mais je ne pouvais pas, pas tant qu'il y avait encore un mince espoir pour des survivants.

Ă€ l'intĂ©rieur d'un court laps de temps, Jeff avait rĂ©tabli la tempĂ©rature Ă* son Ă©tat normal. Je crois n'avoir jamais Ă©tĂ© aussi fier de lui de toute ma vie. J'Ă©tais extĂ©nuĂ©. Tout mon corps tremblotait d'Ă©puisement quand je m'effondrai au sol, me retrouvant Ă* genoux devant mon frère. Lui-mĂŞme souffrait atrocement et avant de s'attaquer Ă* l'obscuritĂ© qu'il produisait, il me dit : « Promet moi qu'on va se parler Ă* cĹ“ur ouvert comme on l'a jamais fait quand tout cela sera fini. Promet moi que tu vas Ă©crire ce qui c'est passĂ© ici en mettant l'accent sur ta promesse et que tu montreras la lettre Ă* papa et maman. Comme cela, on ne pourra pas oublier. » J'ai promis. Jean-François repris sa concentration et très rapidement les Ă©toiles et la lune firent leur apparition dans le ciel.

MĂŞme s'il faisait encore nuit, je pouvais maintenant voir l'automobile accidentĂ© et un de ses occupants. Ce n'Ă©tait pas beau Ă* voir. La voiture avait frappĂ© un poteau de tĂ©lĂ©phone de plein fouet et il n'y avait pas de doute, le copain de Jeff n'Ă©tait plus de ce monde. Je voulais vĂ©rifier l'Ă©tat des autres accidentĂ©s Ă* l'avant de la voiture mais Jean-François ne voulait pas me lâcher ma main. Maintenant que le dĂ´me n'existait plus, la police venait vers nous et je me suis dit que cette dernière pourra s'occuper des amis de mon frère.

Jeff m'expliqua que ses amis et lui avaient voulu se rendre Ă* un autre party Ă* Jonquière. Mon frère n'Ă©tait pas en Ă©tat de conduire puisqu'il avait trop bu, mais il se fiait Ă* ses amis pour le transport. Il embarqua dans la voiture de son ami pensant que le conducteur Ă©tait sobre. Il s'aperçut trop tard que le chauffeur Ă©tait aussi saoul que lui et peut-ĂŞtre mĂŞme plus. L'irresponsable au volant s'amusait Ă* faire des zigzags sur la route quand la voiture glissa sur de la glace. Il perdit le contrĂ´le de l'automobile et celle-ci quitta la route pour aller percuter un poteau de tĂ©lĂ©phone. Jean-François m'a jurĂ© qu'il n'aurait jamais embarquĂ© dans une voiture conduite par une personne ivre. Il ne pensait pas que des gens pouvaient ĂŞtre encore aussi cons pour faire cela. Je ne savais pas quoi rĂ©pondre. En silence, Je l'ai pris doucement dans mes bras en le laissant sangloter.

Soudain, j'entendis mon nom. Je me retournai et j'aperçus mes deux meilleurs amis qui venaient vers moi. J'ai commencĂ© Ă* me lever pour aller Ă* leur rencontre quand je me sentis Ă©tourdit et c'est Ă* cet instant que tout est devenu sombre.

J'ai repris connaissance quelques minutes plus tard dans l'ambulance qui me conduisait Ă* l'hĂ´pital de Chicoutimi. J'ai eu droit Ă* un examen complet Ă* l'hĂ´pital. Le docteur m'a finalement dit ce que je savais dĂ©jĂ* ; soit que j'avais besoin de repos et de bien me nourrir. Je m'Ă©tais Ă©vanouie seulement parce que j'avais utilisĂ© trop intensĂ©ment et longtemps mon pouvoir. Pendant mes examens, maman et Éric avaient Ă©tĂ© avertis de l'accident et ils m'avaient rejoint Ă* l'hĂ´pital. Ils Ă©taient bien sĂ»rs très inquiets, mais quand ils ont su mon diagnostique, leur stress diminua quelque peu. Il ne restait qu'Ă* connaĂ®tre l'Ă©tat de Jean-François. Celui-ci Ă©tait sur la table d'opĂ©ration depuis son admission Ă* l'hĂ´pital et il n'en Ă©tait pas encore sorti.

L'attente Ă©tait insoutenable. Chacun tuait le temps du mieux qu'il le pouvait. Ma mère cherchait Ă* connaĂ®tre le sort des autres passagers impliquĂ©s dans l'accident. C'est ainsi qu'on sut qu'il y avait 4 personnes dans la voiture et que seulement Jean-François en Ă©tait sorti vivant. La police pensait que les amis de Jeff Ă©taient morts sur le coup, mais il faudrait attendre le rapport du mĂ©decin lĂ©giste pour que cette hypothèse se confirme. Éric Ă©tait au tĂ©lĂ©phone avec le père d'Antoine et ils planifiaient un programme, un peu comme ils avaient fait avec moi, pour que Jeff puisse maĂ®triser ses pouvoirs. Sophie et Antoine attendaient avec nous en ne sachant pas trop quoi faire pour nous aider. Moi, j'ai appelĂ© mon père pour lui raconter les rĂ©cents Ă©vĂ©nements, mais surtout, pour lui dire que je ne pourrai venir Ă* MontrĂ©al comme prĂ©vu. J'essaierai d'ĂŞtre au party des Tessier mais en ce moment, Jean-François avait besoin de moi. J'Ă©tais Ă©galement prĂ©occupĂ©e par les pouvoirs de Jeff ou devrais-je dire de ma vulnĂ©rabilitĂ© Ă* ses pouvoirs. Sa noirceur avait enveloppĂ© ma lumière et j'avais ressenti intensĂ©ment le froid qu'il Ă©mettait. Avait-il atteint des tempĂ©ratures si extrĂŞmes que ma protection naturelle n'agissait plus ou Ă©tais-je simplement plus sensible Ă* ses pouvoirs, puisqu'il Ă©tait mon frère ?

J'avais commencĂ© Ă* Ă©crire les pĂ©ripĂ©ties de cette nuit, comme je l'avais promis Ă* Jeff, quand le docteur vient nous informer de l'Ă©tat de santĂ© de mon frère. Jeff avait plusieurs contusions et coupures mineures. Il avait aussi des brĂ»lures du premier et second degrĂ©. J'Ă©tais la cause de ces brĂ»lures, mais le flash de chaleur qui l'avait brĂ»lĂ© n'aurait pas dĂ» faire autant de dĂ©gâts. Le flash thermique n'avait pas l'intensitĂ© nĂ©cessaire pour crĂ©er des brĂ»lures du second degrĂ©. Est-ce que Jeff Ă©tait aussi vulnĂ©rable Ă* mes pouvoirs que moi aux siens ?

Et puis le médecin nous appris le pire. Pour un instant, j'avais l'impression que la terre avait cessé de tourner. Jean-François avait une fracture de la colonne vertébrale au niveau de la taille et la moelle était affectée. Il ne marchera plus jamais de sa vie. Je m'en doutais, mais c'est le genre de chose qu'on réalise seulement si on est forcé de l'admettre. Je ne connais pas les mots pour exprimer ce que je ressens et quand les mots te manque, tu te dois d'arrêter d'écrire, tu te dois de rejoindre ta famille et leur donner tout l'amour que tu as car ils en auront besoin.

Je t'aime petit frère.


Petit Lexique *


Blonde = petite amie
Cégep = Collège d'Enseignement Général et Professionnel. Entre l'école secondaire et l'université.
Char = automobile
Chum = petit ami
How wiz wiz you ? = How are you ? Farce de l'Ă©mission 100 limites dans les annĂ©es 90 quand Richard Z Sirois prĂ©tendait parler en anglais Ă* l'ex hockeyeur du Canadiens Larry Robinson.
Minoune = vieille voiture ou une chatte
UQAM = UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă* Chicoutimi
UQAC= UniversitĂ© du QuĂ©bec Ă* MontrĂ©al
Vigneault (Gilles), Natashquan, Québec, 1928, chanteur canadien d'expression française. Il écrit, compose et interprète des chansons qui évoquent les diverses facettes de son pays et de sa culture (Mon pays, Tam ti delam). Tiré du dictionnaire Le petit Larousse illustré.